Jean-Baptiste André Godin a quitté l’école à onze ans et commencé son tour de France à dix-sept. Devenu riche en fabriquant des poêles en fonte, il a fait construire pour ses ouvriers ce qu’il appelait un palais social, et leur a légué son entreprise.
Le familistère, entrepris à partir de 1859 autour de l’usine de Guise, est un haut lieu de l’histoire économique et sociale française. Il est classé monument historique depuis le 4 juillet 1991 et abrite un musée depuis 2010.

Pourquoi un industriel a bâti un palais pour ses ouvriers
Godin (1817-1888) est né à Esquéhéries, dans l’Aisne. Son père serrurier lui apprend le travail des métaux. En 1840, il ouvre à Esquéhéries un atelier de poêles en fonte et dépose un brevet la même année. En 1846, le succès l’oblige à transférer son siège et sa fabrication à Guise.
- Un succès technique tout simple : la fonte diffuse bien mieux la chaleur que la tôle des anciens modèles. Les poêles Godin s’imposent sur un marché en pleine expansion.
- Une conviction : offrir aux ouvriers le confort dont seuls les bourgeois bénéficiaient alors, ce que Godin appelait les équivalents de la richesse.
- Un modèle emprunté au phalanstère de Charles Fourier, mais réalisé, là où Fourier était resté théorique.
- Un chantier entrepris à partir de 1859, conçu comme un univers complet autour de l’usine.
- Une association fondée en 1880, le Familistère, qui transforme l’entreprise en coopérative de production, les bénéfices finançant les écoles et les caisses de secours.
L’idée maîtresse de Godin était l’association du capital et du travail. Il a mené une expérience comparable autour de son usine belge de Laeken. L’association a vécu près de quatre-vingt-dix ans.
Le familistère en images



Que voir au familistère de Guise
Ce qui frappe, c’est la cour couverte. Les logements ouvrent sur une immense cour intérieure vitrée, dispositif emprunté aux palais et transposé à l’habitat ouvrier.
- Le palais social et son pavillon central, avec la cour intérieure vitrée.
- Le théâtre, construit pour les familistériens.
- Le musée installé depuis 2010, classé musée de France au sens de la loi du 4 janvier 2002.
- Les poêles et cuisinières en fonte, dont certaines richement ornées, qui ont fait la fortune de la maison.
- Le bureau de Godin, dans l’aile ouest du palais social.
- L’ancien jardin, inscrit en 1991.
L’expérience n’a pas été sans tensions : le caractère hiérarchique de l’attribution des logements a fait apparaître les associés comme une aristocratie satisfaite de ses privilèges. L’extinction progressive de l’esprit coopérateur est parfois vue comme l’une des raisons de la fin de l’association.
Le saviez-vous ? En juin 1968, en butte à des difficultés économiques, l’entreprise se transforme en société anonyme et rejoint le groupe Le Creuset, qui garde l’usine mais vend rapidement le reste. Les logements sont cédés en copropriété la même année : une centaine d’anciens familistériens y sont restés.
Quand visiter le familistère de Guise
Toute l’année. Le musée permet de comprendre l’expérience de l’intérieur, ce qui vaut mieux qu’une simple visite des façades.
Comptez une demi-journée avec le théâtre, les logements et les collections de poêles.
Comment se rendre au familistère de Guise
Le familistère est à Guise, dans l’Aisne, en région Hauts-de-France, au bord de l’Oise.
On y accède en voiture depuis Saint-Quentin ou Laon. Stationnement sur place.
À voir dans les environs
Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais raconte l’autre versant de l’industrie dans les Hauts-de-France, celui des corons et des terrils.
La cathédrale de Beauvais et la cathédrale d’Amiens complètent la région, et la saline royale d’Arc-et-Senans montre une autre utopie industrielle, celle des Lumières.
Ressources
Deux vidéos sur le familistère et son fondateur.
Questions fréquentes sur le familistère de Guise
Jean-Baptiste André Godin (1817-1888), industriel originaire d’Esquéhéries, fabricant des poêles en fonte qui portent son nom. Il entreprit le familistère à partir de 1859.
Un établissement où plusieurs familles vivent ensemble dans une sorte de communauté et trouvent dans des magasins coopératifs ce qui leur est nécessaire. Le modèle est inspiré du phalanstère de Charles Fourier.
Il a fondé en 1880 une association, le Familistère, et transformé son entreprise en coopérative de production. Les bénéfices finançaient écoles et caisses de secours.
Parce qu’ils étaient en fonte, matériau qui diffuse bien mieux la chaleur que la tôle employée pour les anciens modèles.
En juin 1968 : l’entreprise, en difficulté, devient société anonyme et intègre le groupe Le Creuset. Les logements sont cédés en copropriété la même année.
Il est classé au titre des monuments historiques depuis le 4 juillet 1991, son ancien jardin étant inscrit la même année.
Oui. Le site accueille depuis 2010 un musée, classé musée de France au sens de la loi du 4 janvier 2002.
