Alors que l’horizon 2027 s’annonce déjà comme un champ de ruines pour le camp souverainiste, une hypothèse refait surface dans les cercles stratégiques : la candidature de Philippe de Villiers. L’ancien député européen et fondateur du Puy du Fou n’a jamais confirmé officiellement son intention de se lancer, mais selon les confidences recueillies lors d’un entretien accordé au Cercle Aristote le 28 juin 2026, il serait aujourd’hui le seul profil capable de transcender les divisions qui minent la droite nationale.
Pourquoi Philippe de Villiers est-il évoqué comme recours pour 2027 ?
L’invité de Pierre-Yves Rougeyron avance trois raisons principales. D’abord, Philippe de Villiers n’est pas compromis dans les affaires judiciaires qui fragilisent Marine Le Pen et son parti. Ensuite, il n’appartient à aucun appareil en guerre intestine, contrairement au Rassemblement National traversé par des tensions entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Enfin, son positionnement constant sur la ligne souverainiste depuis quarante ans lui confère une crédibilité que ni les européistes ni les candidats dits « hors-sol » ne peuvent revendiquer.
Un camp souverainiste éclaté
L’analyse développée dans l’entretien dresse un constat sévère de la situation à l’été 2026. La décision judiciaire concernant l’éligibilité de Marine Le Pen, attendue pour le 7 juillet, fait peser une incertitude majeure sur sa capacité à concourir. Mais au-delà de cet obstacle juridique, c’est la dynamique interne du Rassemblement National qui inquiète.
« La haine monte entre Bardella et elle. Tout le monde le sent. Bardella lui-même maintenant est en roue libre. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
L’invité décrit un divorce « consommé » entre les deux figures du parti, au point d’envisager un affrontement ouvert entre leurs soutiens respectifs si Marine Le Pen devait revenir dans la course. Cette guerre des chefs, selon lui, éteindrait toute possibilité de candidature souverainiste unie.
Face à ce bloc qui se fissure, la droite hors RN n’offre pas de meilleure perspective. François Asselineau, bien que disposant de militants et d’un appareil militant réel, reste empêtré dans des affaires « largement surgonflées » qui obèrent ses chances de réunir les parrainages nécessaires. Florian Philippot, lui, pourrait peiner à obtenir ces signatures malgré un courage politique reconnu par l’invité. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il ne peut guère compter que sur ses élus, sans véritable structure militante.
Une candidature qui changerait la nature du débat
L’irruption de Philippe de Villiers dans la campagne modifierait radicalement les termes de l’élection. Contrairement à un scrutin où les candidats souverainistes se neutraliseraient mutuellement, une candidature unique autour de son nom contraindrait chaque camp à se positionner sur le fond.
« D’avoir un véritable candidat qui puisse nous orienter vers une dynamique qui survivra à l’élection, ça n’a pas de prix. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
L’invité estime que le clivage traditionnel entre européistes et souverainistes retrouverait une lisibilité aujourd’hui brouillée par la multiplicité des candidatures. Édouard Philippe, dont le programme « européiste plus plus » ne fait même plus rêver les fédéralistes les plus convaincus, se retrouverait directement challengé sur son terrain. De même, la candidature Villiers obligerait le RN à clarifier sa position plutôt qu’à entretenir l’ambiguïté stratégique qui caractérise ses campagnes récentes.
L’ancien candidat à la présidentielle de 1995 et 2007 n’irait toutefois pas contre Marine Le Pen si celle-ci était en lice. L’invité précise que cette limite est dictée par une lecture réaliste de l’électorat : « les prolos ne trahiront pas Marine ». Mais face à Jordan Bardella, la donne serait radicalement différente. Philippe de Villiers pourrait alors incarner une alternative sans avoir à affronter le dilemme de la loyauté envers la cheffe historique du mouvement national.
Les obstacles d’ici 2027
Reste que le chemin vers une candidature Villiers est semé d’embûches. La première est temporelle : à l’été 2026, aucune déclaration officielle n’a été faite. La seconde est structurelle : les 500 parrainages nécessaires ne s’improvisent pas, surtout dans un contexte où une partie des maires et des parlementaires « ne signe plus » ou réserve sa signature aux candidats de leur propre groupe.
L’invité rappelle à ce propos que beaucoup de candidats déclarés n’ont en réalité aucune intention d’aller au bout de la démarche. « La plupart veulent juste faire monter le prix du ralliement », analyse-t-il, évoquant ces candidatures qui servent surtout à obtenir quelques minutes sur France info ou BFM avant de monnayer un retrait.
Ce qu’il faut retenir
La campagne de 2027 se jouera cet été, entre les décisions judiciaires qui tomberont début juillet et les recompositions internes qui se préparent à droite comme à gauche. L’hypothèse Philippe de Villiers, si elle se confirmait, offrirait pour la première fois depuis longtemps une issue au morcellement du camp souverainiste. Une candidature dont l’enjeu dépasse le simple score électoral : il s’agit, selon l’invité, de déterminer si 2027 sera « un coup pour rien » ou le point de départ d’une dynamique capable de survivre au verdict des urnes.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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