La défaite de 1940 reste l’une des plus grandes tragédies nationales françaises, souvent résumée à un effondrement rapide face à la Blitzkrieg allemande. Pourtant, l’historiographie récente et plusieurs ouvrages, dont Les Fauxoyeurs publié aux éditions de l’Artilleur, ainsi que le récent film sur de Gaulle, viennent bousculer ce récit convenu. Le soldat français de 1940 n’était pas le lâche défaitiste qu’une certaine mémoire a voulu construire. Alors pourquoi la défaite fut-elle si brutale ?

Le soldat français de 1940 était-il vraiment inférieur à son adversaire allemand ?

Non. L’invité du Cercle Aristote est formel sur ce point : le combattant français s’est particulièrement bien battu en 1940. Il s’appuie sur une historiographie aujourd’hui largement documentée, citant notamment les travaux relayés par Comme des lions ou encore les milliers de lettres d’officiers et soldats allemands qui reconnaissaient que le soldat français était « terrifiant ». L’infériorité matérielle elle-même est un mythe battu en brèche depuis quarante ans par l’historiographie américaine. La Blitzkrieg n’était pas une révolution, et Guderian n’était pas le génie militaire qu’on a longtemps décrit.

L’invité souligne d’ailleurs un fait troublant : un million de soldats français étaient encore mobilisables à l’arrière. Si le combattant était valeureux et le matériel compétitif, la cause de la défaite est à chercher ailleurs. La question n’est plus militaire, elle devient politique et morale.

« La vraie question de 1940, c’est : qui nous a trahis ? »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Le poignard dans le dos : Darlan, l’armée et les politiques

Pour l’invité, la réponse est sans ambiguïté. L’armée française a été poignardée dans le dos, non par les Allemands, mais par une partie de ses propres élites. Il pointe un double mécanisme. D’abord, la trahison de certains hauts gradés, au premier rang desquels l’amiral Darlan. Longtemps protégé par une historiographie complaisante, Darlan est aujourd’hui clairement identifié comme un acteur de la collaboration. L’invité rappelle que le regretté amiral Couteau-Bégarie, pourtant souverainiste respecté, avait lui-même dissimulé des preuves historiques pour sauver l’honneur de la Royale. Ces archives, aujourd’hui accessibles, ne laissent plus de place au doute.

Ensuite, et c’est peut-être le plus important, l’invité met en cause une constante de l’histoire française : la propension des élites politiques et militaires à expier les fautes des politiques et à couvrir les trahisons du pouvoir civil. Il établit un parallèle saisissant entre la carrière de Darlan, radical-socialiste et fils à papa propulsé par ses réseaux, et l’actuel chef d’état-major des armées. Même absence de légitimité combattante, même promotion éclair, même déconnexion du réel militaire.

Vichy, un extrême centre qui éclaire la défaite

Le film sur de Gaulle, selon l’invité, a le mérite de reposer la question sans même le vouloir. Il montre que Vichy n’était pas un régime d’extrême droite, mais un « extrême centre », un « tierisme de droite » comparable à ce que fut Adolphe Thiers après 1870. La bourgeoisie française, à l’ombre de la défaite, s’est recoagulée pour éviter les réformes et maintenir ses privilèges. Ce schéma, l’invité le voit se reproduire à chaque grande crise nationale : 1870, 1940, et aujourd’hui depuis 2005.

« À l’ombre de l’ennemi, les bourgeoisies françaises se recoagulent pour éviter les réformes et les changements. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

La défaite de 1940 n’est donc pas une défaite du peuple français ni de ses soldats. C’est une trahison orchestrée par une classe dirigeante qui a préféré l’ordre et la conservation de ses intérêts à la défense de la nation.

Ce qu’il faut retenir

Le courage des soldats français de 1940 est désormais établi, et l’infériorité matérielle relève largement du mythe. La défaite est avant tout politique : ce sont les choix et les trahisons d’une certaine élite qui ont précipité l’effondrement. Revoir 1940, c’est aussi s’interroger sur les élites d’aujourd’hui et leur rapport à la nation.


Voir aussi

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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