Le meurtre de la petite Lyhanna a jeté une lumière crue sur un système judiciaire qui, en théorie, dispose de tous les outils pour protéger les enfants. En pratique, il ne les utilise pas. La question n’est plus de savoir s’il faut créer de nouvelles lois, mais de comprendre pourquoi celles qui existent déjà ne sont pas appliquées. L’affaire devient alors le symptôme d’un renoncement plus profond, celui d’un État qui refuse d’exercer sa fonction première : rendre justice.

Pourquoi les textes existants ne sont-ils pas appliqués contre les criminels sexuels ?

Derrière cette impunité se cachent trois réalités que l’invité du Cercle Aristote expose sans détour. Premièrement, une architecture pénale théoriquement robuste est vidée de sa substance par des pratiques laxistes. Deuxièmement, la volonté politique de punir s’est éteinte au profit d’une culture de l’excuse et du risque zéro pour l’institution. Troisièmement, la magistrature, formée à se méfier de l’autorité, applique les peines avec une réticence qui confine au sabotage des dispositifs protecteurs.

Un arsenal juridique complet, une application inexistante

L’invité le rappelle avec précision : l’article 222-26 du code pénal prévoit la réclusion criminelle à perpétuité pour les viols aggravés. Une « perpétuité de 20 ans » existe avec possibilité d’extension si la dangerosité est avérée. « C’est l’un des seuls cas où on évalue la dangerosité, d’ailleurs », souligne-t-il. En clair, les juges disposent d’une marge pour maintenir un prédateur derrière les barreaux bien au-delà de sa peine de sûreté, s’ils estiment qu’il reste une menace.

Mais ce cadre est rarement mobilisé. « Le plus souvent, ils font leur peine de sûreté et point », constate l’invité. Le problème n’est donc pas législatif : il est politique. La France a renoncé à punir, préférant gérer la surpopulation carcérale par des remises en liberté précoces plutôt que par une politique pénale cohérente.

« Au-delà de nos textes, nous avons renoncé à punir. L’appareil législatif, on pourrait toujours l’améliorer, mais le souci c’est que nous n’appliquons déjà pas ce qui est là. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Le prédateur comme poison social : une certitude éthologique

L’invité développe une analyse fondée sur l’éthologie et le profiling criminel. Le pédoman, affirme-t-il, « chasse des proies ». Son passage à l’acte est certain dès que l’incarcération devient imminente : « Quand tu vas mettre à la diète un prédateur, il se tape un dernier bon repas. » Ce n’est pas une spéculation, c’est un schéma documenté. L’affaire Lyhanna en est l’illustration funeste : l’individu savait qu’il allait être incarcéré et a frappé avant que la société ne puisse l’en empêcher.

Cette lecture biologique du crime n’est pas une abstraction. Elle conduit à une conclusion radicale : « Ils refrapperont toujours. Parce qu’ils sont comme ça. Ils sont nés autres. » Le débat moral qui entoure la sanction devient alors un luxe meurtrier. Refuser d’écarter définitivement ces individus, c’est sacrifier des enfants à une posture éthique qui, dans les faits, ne protège que les bourreaux.

Une magistrature en rupture avec le peuple

L’invité pointe également une fracture entre l’institution judiciaire et la population. Il rappelle que tout jugement est rendu « au nom du peuple français », mais que la magistrature semble l’avoir oublié. Cité dans l’entretien, un membre du syndicat de la magistrature aurait déclaré que « ce n’est pas au prolot d’évaluer notre politique pénale ». L’invité y voit l’expression d’une caste qui ne supporte plus le contrôle démocratique.

Cette coupure explique en partie pourquoi les peines ne sont pas appliquées : les juges ne se sentent pas comptables. Ils appliquent leur propre lecture du droit, souvent éloignée de l’intention du législateur et de l’attente des citoyens. La sanction n’est plus perçue comme un acte de justice, mais comme une violence d’État à éviter.

Castration chimique ou solution définitive ?

Carl Zéro a proposé plusieurs mesures, dont la castration chimique. L’invité s’y oppose avec des arguments techniques troublants. D’abord, elle implique un suivi administratif permanent : un fonctionnaire devra convoquer le criminel tous les mois pour vérifier la disparition des caractères sexuels secondaires. Ensuite, la pulsion ne disparaît pas, elle se déplace : « La pulsion va se déporter sur les mains, ils étrangleront. »

« Ce n’est pas une question prioritairement de sexe. C’est une question de pouvoir et de destruction. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Face à cette impuissance thérapeutique, la solution qu’il défend est d’une gravité assumée : la neutralisation définitive. Il évoque la mobilisation des pères et mères qui, dans un État défaillant, pourraient un jour « défendre leurs enfants » par leurs propres moyens. Une perspective qu’il ne souhaite pas, mais dont il annonce la venue mécanique si rien ne change.

Ce qu’il faut retenir

L’affaire Lyhanna n’est pas le fruit d’un vide juridique, mais d’un vide d’autorité. La France a les lois nécessaires pour protéger les enfants, mais refuse de les appliquer. Ce renoncement, qui conjugue culture judiciaire d’excuse et perte de souveraineté étatique, fait peser sur chaque famille une menace dont l’issue ne pourra rester indéfiniment ignorée.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Pour aller plus loin

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.