L’affaire de la petite Liana, violée et tuée par un prédateur récidiviste, a relancé avec force le débat sur les peines applicables aux crimes pédocriminels. Parmi les mesures avancées par certains responsables politiques, la castration chimique revient régulièrement. Mais pour l’invité qui s’exprimait lors du Grand entretien d’été diffusé sur le Cercle Aristote, cette solution technique, bien qu’apparemment radicale, présente des failles qui la rendent insuffisante, voire dangereuse.
La castration chimique est-elle une réponse efficace contre la pédocriminalité ?
La castration chimique repose sur un principe simple mais limité : elle neutralise temporairement la libido en supprimant la testostérone, mais elle ne résout ni le problème de la récidive à l’arrêt du traitement, ni la nature profonde du passage à l’acte. L’invité développe une critique en trois points qui mérite d’être entendue dans le débat public.
Une logistique coûteuse pour un résultat temporaire
Premier obstacle technique : la castration chimique ne fonctionne que tant que le traitement est administré. « Elle marche tant que le traitement est pris », rappelle l’invité. Ce simple constat implique une conséquence administrative lourde : il faudrait mobiliser un fonctionnaire dédié pour convoquer chaque mois les personnes condamnées, contrôler la disparition des caractères sexuels secondaires et vérifier l’efficacité du traitement.
Or, dans un contexte de surpopulation carcérale que l’invité attribue principalement à l’immigration et au trafic de drogue, et non aux pédocriminels qui ne représentent pas 90 % des détenus, ce dispositif représenterait un coût supplémentaire pour l’État. Une charge bureaucratique que l’invité juge absurde quand on sait que la solution la plus simple, selon lui, coûterait « 30 centimes » en évoquant une issue bien plus définitive.
Le risque de déport de la pulsion : étranglement et autres violences
L’argument le plus troublant avancé par l’invité concerne la nature même du passage à l’acte. Pour lui, la pédocriminalité n’est pas prioritairement une affaire de sexualité, mais une question de pouvoir et de destruction.
« C’est très simple. Ce n’est pas une question prioritairement de sexe. C’est une question de pouvoir et de destruction. Si vous les empêchez d’utiliser l’appareil sexuel, c’est pas grave. La pulsion va se déporter sur les mains, ils étrangleront. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Il s’appuie sur les sciences du comportement et le profiling criminel pour établir un parallèle avec d’autres prédateurs sexuels. L’éthologie, rappelle-t-il, nous enseigne qu’un prédateur privé de sa proie ne renonce pas à chasser. De la même manière, un criminel empêché d’agir sexuellement pourrait transférer sa violence sur d’autres formes d’agression physique. L’invité précise n’avoir rien trouvé dans les auditions de spécialistes qui puisse le convaincre du contraire.
L’impasse juridique et politique européenne
Enfin, l’invité replace le débat dans un cadre plus large : celui des contraintes juridiques imposées par l’Union européenne. La castration physique, qu’il juge seule véritablement efficace, est interdite par les conventions relatives aux droits de l’homme. Quant à la solution chimique, elle s’inscrit dans un système que l’invité qualifie, de manière polémique, de « pedofriendly par nature » au niveau communautaire, estimant que certaines instances européennes freinent toute réponse véritablement dissuasive.
Il rappelle que des pays comme la Grande-Bretagne ou le Portugal ont des approches très différentes de la perpétuité, mais qu’en France, au-delà des textes, c’est avant tout l’absence de volonté de punir qui pose problème. « Nous avons renoncé à punir. L’appareil législatif, on pourrait toujours l’améliorer. Je suis partisan de l’améliorer grandement, mais le souci c’est que nous n’appliquons déjà pas ce qui est là. »
Ce qu’il faut retenir
La castration chimique, séduisante par son apparente radicalité, masque une triple impasse : elle est réversible, coûteuse à administrer, et ne garantit en rien que la pulsion criminelle ne se déplace pas vers d’autres formes de violence. Pour l’invité, seule une certitude de la sanction, immédiate et sans appel, est de nature à dissuader des prédateurs qui choisissent leurs proies en fonction de leur vulnérabilité. Le débat reste entier, mais ces arguments appellent à repenser la réponse pénale dans sa globalité plutôt que de s’en remettre à une solution technique aux fondements fragiles.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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