Le programme Erasmus a longtemps symbolisé l’idéal d’une jeunesse européenne ouverte sur le monde. Mais derrière cette vitrine, une réalité moins glorieuse s’est installée : des séjours qui ressemblent davantage à des années sabbatiques qu’à de véritables cursus académiques. Face à ce constat, une proposition émerge avec force dans le débat sur l’avenir de l’enseignement supérieur français : réorienter massivement nos étudiants vers l’Asie, et notamment vers la Chine, l’Inde et le Vietnam.
Pourquoi la France doit-elle envoyer ses étudiants en Asie plutôt qu’en Europe ?
La réponse tient en plusieurs points décisifs. D’abord, le modèle Erasmus européen souffre d’un déficit de rigueur académique qui pénalise les étudiants à leur retour. Ensuite, les puissances asiatiques représentent les pôles d’innovation et de croissance du XXIe siècle. Enfin, envoyer nos jeunes à Singapour, Tokyo, Shanghai ou New Delhi, c’est les préparer à évoluer dans un monde où les centres de gravité économiques et géopolitiques se sont déplacés.
Le mirage Erasmus : quand l’Europe rime avec vacances
L’invité, dont les propos ont été recueillis lors d’un grand entretien d’été, dresse un constat sans concession sur le programme phare de la mobilité étudiante européenne. Son analyse est brutale mais partagée, selon lui, par de nombreux enseignants du supérieur qui n’osent pas l’exprimer publiquement par conformisme européiste.
« Un étudiant qui a fait un Erasmus en Europe, c’est comme s’il avait eu un an de vacances et résultat il est moins bon que quand il est parti. »
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
L’invité dénonce une logique où la qualité du séjour se mesure moins aux cours suivis qu’au nombre de boîtes de nuit fréquentées. Ce constat d’échec n’est pas une condamnation du principe de mobilité, mais une remise en question radicale de sa destination. Pourquoi envoyer un jeune Français dans des universités européennes de second rang quand des institutions asiatiques offrent un cadre académique autrement plus exigeant et formateur ?
L’Asie, nouvel horizon stratégique pour la jeunesse française
La proposition développée par l’invité ne se limite pas à un rejet de l’Europe. Elle s’articule autour d’une vision positive : celle d’une France qui renoue avec une tradition d’excellence en formant ses élites là où se joue l’avenir du monde. Les destinations prioritaires sont clairement identifiées. L’invité mentionne Singapour, Tokyo, Séoul, mais insiste surtout sur la Chine, l’Indonésie, le Vietnam et l’Inde. Il note au passage que les étudiants français seraient « bienvenus » en Inde, un atout diplomatique non négligeable.
L’ancien établissement de l’invité, l’ESSEC, est cité en exemple pour avoir encouragé ses étudiants à partir en Asie bien avant que cette orientation ne devienne une évidence stratégique. Cette expérience prouve qu’une telle réorientation est non seulement souhaitable, mais parfaitement réalisable.
Une autre manière de penser, une autre manière d’apprendre
L’invité évoque également la nécessité de confronter les étudiants français à des systèmes de pensée différents. Il développe une réflexion sur la « pensée complexe », cette capacité à tenir ensemble des contraires nécessaires que la logique aristotélicienne occidentale peine parfois à saisir. Les traditions intellectuelles asiatiques, habituées à penser la tension plutôt que l’opposition binaire, offrent un complément précieux à la formation des futurs décideurs français.
Cette approche n’est pas présentée comme un reniement de l’héritage occidental, mais comme un enrichissement permettant de revenir à soi-même avec une lucidité accrue. L’invité cite d’ailleurs le poète : « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage », soulignant que ce qui compte, c’est de revenir chez soi grandi par l’expérience.
Les territoires d’outre-mer, autre pilier de la présence française dans le Pacifique
La cohérence géopolitique de cette stratégie asiatique trouve un prolongement naturel dans la défense des territoires ultramarins. L’invité rappelle un épisode édifiant : sous la présidence Sarkozy, la France avait failli perdre ses revendications sur ses eaux pacifiques auprès de l’ONU, faute d’avoir respecté un délai administratif. Il a fallu l’intervention d’un député, Jacques Myard, alerté par un citoyen vigilant, pour que Matignon agisse in extremis.
Cet incident illustre la négligence coupable d’une certaine « caste » vis-à-vis des atouts que représentent les territoires français du Pacifique. Envoyer des étudiants en Asie, c’est aussi former des Français capables de comprendre et de défendre les intérêts nationaux dans cette région du monde.
Ce qu’il faut retenir
Réorienter les mobilités étudiantes vers l’Asie n’est pas une lubie passagère. C’est une nécessité stratégique pour une France qui veut compter dans le monde de demain. L’enjeu dépasse la simple formation académique : il s’agit de préparer une génération à évoluer avec aisance dans les nouveaux centres de pouvoir mondiaux, tout en renouant avec une tradition d’excellence que le confort européen a trop longtemps endormie.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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