La France possède le deuxième domaine maritime mondial grâce à ses territoires d’outre-mer. Pourtant, peu de Français savent qu’une partie de ces espaces stratégiques a bien failli disparaître sans que personne ne s’en aperçoive. L’invité de l’émission du Cercle Aristote, dans un grand entretien diffusé le 28 juin 2026, livre un récit édifiant sur un épisode méconnu : la quasi-perte des eaux territoriales françaises du Pacifique sous le quinquennat Sarkozy.
Pourquoi la France a-t-elle failli perdre ses eaux territoriales du Pacifique ?
Selon les révélations de l’invité, la France disposait d’un délai légal pour déposer sa revendication de zones maritimes auprès de l’ONU. Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, était informé de cette échéance mais n’a pas effectué la démarche. C’est l’intervention d’un député UMP, Jacques Millard, alerté par un citoyen nommé Henry Fourcro, qui a permis de rattraper in extremis cette négligence aux conséquences potentiellement désastreuses.
Un oubli diplomatique aux allures de renoncement
L’invité est formel : le Quai d’Orsay savait. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Nicolas Sarkozy, n’a pas enclenché la procédure de revendication que la France devait impérativement déposer auprès des Nations unies pour sécuriser ses droits sur les eaux du Pacifique.
Je rappelle qu’il a fallu qu’un petit vieux qui s’appelle Henry Fourcro tire la manche d’un député UMP de l’époque qui s’appelait Jacques Millard pour que la France revendique ses eaux pacifiques auprès de l’ONU qu’elle allait perdre parce qu’elle avait un délai pour le faire. Bernard Kouchner était au courant et n’a pas fait la revendication.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
L’affaire prend une tournure encore plus troublante quand l’invité évoque l’hypothèse d’un arrangement caché. Il suggère que cette inaction pourrait être liée à des tractations avec l’Australie, pays voisin qui lorgne depuis longtemps sur ces espaces maritimes riches en ressources.
Matignon contre le Quai d’Orsay : le sauvetage de dernière minute
Face à ce qu’il qualifie de « forfaiture », Jacques Millard ne s’est pas contenté d’une interpellation parlementaire. Le député UMP a directement contacté François Fillon, alors Premier ministre, pour l’alerter sur les conséquences politiques et juridiques d’un tel abandon.
L’invité rapporte les termes de cet échange tels que Jacques Millard les lui a confiés. L’argument décisif n’a pas été le patriotisme ni la défense des intérêts nationaux, mais une mise en garde beaucoup plus pragmatique : ce renoncement allait causer un scandale politique dont Fillon porterait le poids, sans en tirer le moindre bénéfice. En substance, le député a fait comprendre à Matignon que si des négociations occultes avaient eu lieu avec les Australiens, seul Bernard Kouchner en aurait profité.
C’est donc Matignon, contre l’inaction du ministère des Affaires étrangères, qui a procédé à la revendication auprès de l’ONU. L’invité évoque la possibilité de faire témoigner publiquement Jacques Millard pour confirmer ce récit.
Des territoires stratégiques menacés par l’indifférence
Cet épisode illustre, selon l’invité, un problème plus profond : le rapport ambivalent de la « caste » dirigeante aux territoires ultramarins. Ces espaces sont perçus simultanément comme une chance stratégique et comme des actifs monnayables, que certains acteurs étrangers, l’Australie en tête, seraient prêts à capter moyennant quelques arrangements.
L’invité rappelle que la Guadeloupe et la Martinique étaient françaises avant l’Alsace et Nice, soulignant l’ancrage historique de ces territoires dans la continuité nationale. Il dénonce aussi un certain « identitarisme » qui, selon lui, a commencé par la haine des Domiens avant de se focaliser sur les immigrés.
La métropole est faible sans eux et ils seront faibles sans la métropole.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Cette vision d’une France indivisible, où chaque territoire compte, s’oppose frontalement à la négligence dont a fait preuve le Quai d’Orsay dans cet épisode.
Ce qu’il faut retenir
L’affaire des eaux pacifiques révèle comment une décision administrative manquée peut menacer la souveraineté nationale. Si Jacques Millard et Henry Fourcro n’étaient pas intervenus, la France aurait perdu des droits maritimes considérables, sans débat public ni information des citoyens. L’invité promet de faire témoigner un jour les protagonistes de cette histoire : un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui s’intéressent à la géopolitique du Pacifique.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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