Le scandale des grooming gangs britanniques, ces réseaux organisés d’hommes majoritairement d’origine pakistanaise qui ont violé et prostitué des dizaines de milliers de jeunes filles, continue de hanter le Royaume-Uni. Un rapport parlementaire de 250 pages prétend aujourd’hui documenter l’ampleur du désastre. Mais que contient réellement ce document ?

Pourquoi ce rapport de 250 pages sur les gangs pakistanais ne tient-il pas ses promesses ?

Le rapport parlementaire sur les grooming gangs repose essentiellement sur une méthode de compilation de témoignages. Il ne s’agit pas d’une enquête de police ni d’un travail d’investigation judiciaire, mais de ce que l’invité qualifie d’« enquête ouvrière », c’est-à-dire un travail principalement fondé sur des auditions. Cette approche, sans être illégitime, affaiblit considérablement sa portée. L’invité, qui rappelle avoir lui-même rédigé et dirigé plusieurs rapports parlementaires, note que le contenu n’apporte rien de nouveau à quiconque suit le sujet depuis des années : « quand je vois une petite dame italienne qui ignorait que les grooming gangs existaient jusqu’à janvier 2025 et qu’on a fait un roman très digeste et très bien écrit où ça se voit qu’elle a compulsé autant d’infos que ce qu’il y a là-dedans, je me pose des questions ». La référence à cette romancière italienne, auteure de Rose au pays de l’horreur aux éditions de la Reine Rouge, illustre un constat amer : une revue de presse bien menée peut produire un travail documentaire comparable à celui d’une commission parlementaire.

Un objet politique avant d’être un outil de vérité

La dimension la plus problématique du rapport tient à sa genèse. Selon l’invité, le parti Restore UK, qui a porté ce travail, l’a conçu comme une « arme secrète » destinée à écraser électoralement Nigel Farage lors de la législative partielle du 18 juin. L’opération visait à créer un « coût psychologique » que l’opinion publique ferait payer au leader de Reform UK. La manœuvre a échoué : Farage a réalisé cinq fois le score de Restore UK dans cette circonscription, malgré les 3 000 voix obtenues par le jeune parti.

Cette instrumentalisation électorale d’un drame humain pose question. L’invité ne mâche pas ses mots sur le fond du scandale (il évoque depuis dix ans la nécessité de condamnations exemplaires), mais il récuse l’usage politicien des victimes. « Utiliser ces pauvres gamines », alors même que l’essentiel des faits était déjà connu, relève d’une stratégie qui dessert la cause qu’elle prétend servir.

Le piège de la fixation ethnique

Un angle mort du rapport, et plus largement du discours de Restore UK, réside dans son obsession à cibler Farage plutôt que les véritables responsables encore en place. L’invité rappelle que Keir Starmer, l’actuel Premier ministre travailliste, a « nommément couvert » ces scandales à l’époque où il dirigeait le parquet britannique. Si la justice doit passer, elle doit viser juste. Or, focaliser le débat sur une concurrence interne à la droite nationale revient à épargner ceux qui, au sein de l’establishment, ont protégé les criminels.

« Ces mecs-là auraient dû être pendus et ceux qu’on n’est pas arrivé à juger, il fallait tout simplement les flinguer. […] Quant aux Pakistanais qui ont touché les gamines, il faut en faire de l’engrais. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

La violence du propos dit l’émotion que le sujet suscite. Mais l’invité insiste sur un point crucial : le seul dirigeant politique qui a permis au Royaume-Uni d’obtenir un solde migratoire négatif reste Nigel Farage, grâce au Brexit. Attaquer prioritairement celui qui a rendu possible une reprise de contrôle des frontières, c’est se tromper d’adversaire.

Ce qu’il faut retenir

Le rapport de Restore UK documente un crime de masse réel, mais par une méthode qui n’apprendra rien aux observateurs informés. Surtout, son utilisation comme arme électorale contre Nigel Farage révèle une stratégie qui fait le jeu des véritables responsables encore au pouvoir. La dénonciation des grooming gangs mérite mieux qu’une guerre de chapelles.


Voir aussi

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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