Le débat migratoire français souffre d’une schizophrénie rarement dénoncée avec autant de clarté. D’un côté, certains courants libéraux et conservateurs réclament une politique migratoire ferme. De l’autre, ils défendent un antifiscalisme radical qui empêche précisément la construction des structures publiques capables de nous affranchir du recours à l’immigration. Selon l’invité, cette contradiction n’est pas une simple incohérence rhétorique : elle est le symptôme d’une incapacité structurelle à penser l’immigration comme un phénomène systémique et non comme un problème isolé.

Pourquoi le néolibéralisme rend-il structurellement impossible la réduction des flux migratoires ?

L’invité identifie trois mécanismes par lesquels l’économie ouverte entretient mécaniquement l’immigration. Le premier est le différentiel de coût du travail : dans une économie dérégulée, l’immigré représente « moins 10 ans de coût nominal du travail », ce qui en fait une variable d’ajustement permanente pour les employeurs. Le second est la destruction des solidarités nationales par la mise en concurrence des travailleurs, qui empêche toute préférence nationale effective. Le troisième est l’incapacité à financer des alternatives à la main-d’œuvre immigrée, notamment par l’automatisation, que les mêmes courants refusent de financer par l’impôt.

« Dans une société ouverte, dans une économie ouverte, rien ne fera mieux que l’immigré, sinon des robots que vous ne voulez même pas payer par antifiscalisme. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Cette analyse met en lumière une impasse stratégique. Tant qu’une fraction du camp identitaire refuse de penser les rapports de classe et le financement des infrastructures publiques, elle se condamne à l’impuissance. L’invité rappelle que l’Union européenne, avec ses quatre grandes libertés de circulation dont celle des personnes, est intrinsèquement immigrationniste. Mais il souligne que le problème ne s’arrête pas aux traités : il touche aussi au refus de construire une économie protégée où le travail national serait privilégié par des mécanismes de solidarité assumés.

L’exemple britannique : pourquoi Farage obtient des résultats là où d’autres échouent

Le cas de la Grande-Bretagne post-Brexit illustre cette thèse de manière frappante. L’invité rappelle que c’est « entièrement à Farage » que le Royaume-Uni doit aujourd’hui un solde migratoire négatif. Non que Nigel Farage soit un étatiste forcené, au contraire : l’invité souligne ses réflexes thatchériens et sa méfiance envers la dépense publique. Mais la sortie de l’Union européenne a créé les conditions juridiques permettant de reprendre le contrôle des flux, là où les États membres restent prisonniers du droit communautaire.

Cette précision n’est pas anecdotique. Elle montre que même une souveraineté retrouvée partiellement ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’une reconstruction des infrastructures et des solidarités nationales. L’invité le formule sans détour : « Le néolibéralisme laisse des infrastructures en ruine. Regardez les infrastructures américaines. Regardez les infrastructures de la Grande-Bretagne. » Quand un pays privatise son réseau ferroviaire au point de compter une centaine de morts par an par accidents de quai, il est, selon ses termes, « un pays du tiers-monde, que vous le vouliez ou non ».

L’illusion des fumigènes migratoires

L’invité consacre une partie substantielle de son analyse à dénoncer ce qu’il appelle les « fumigènes migratoires », ces fausses solutions brandies par des responsables politiques qui se présentent comme anti-immigration tout en restant dans le cadre de l’économie ouverte et du droit européen. Le « hub » de relocalisation des migrants dans des pays tiers, défendu par certains comme une avancée majeure, est disséqué point par point. L’invité rappelle que ce dispositif exclut les mineurs non accompagnés, maintient le principe de non-refoulement qui impose des procédures individuelles interminables, et sera soumis au contrôle de la CEDH et des ONG financées par la Commission européenne.

Le bilan est sans appel : « Au début, vous avez un gruyère. Ce qui vous reste, c’est les trous du gruyère. » La métaphore du couteau sans lame auquel il manque le manche résume l’impasse : ces dispositifs sont conçus par les institutions européennes comme des hochets destinés à calmer les opinions publiques sans jamais remettre en cause les flux réels.

« Le seul moyen de résister à l’immigration, c’est de dire : lui, je vais le payer et lui donner plus de dignité au même travail que je pourrais avoir à moins cher de l’immigré, parce que c’est l’un des miens. Et ça porte un nom. C’est un phénomène patriotique et socialisant. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Ce qu’il faut retenir

L’invité ne propose pas une solution miracle mais une sortie de la schizophrénie. La première « remigration nécessaire » est, selon ses propres termes, de « se remigrer dans le réel ». Cela implique d’accepter que la lutte contre l’immigration de masse est indissociable d’un projet de société fondé sur la préférence nationale, la reconstruction des services publics et la restauration des rapports de classe. Tout discours qui prétend fermer les frontières sans remettre en cause l’économie ouverte et la construction européenne est, au mieux, une illusion, au pire, une tromperie délibérée.


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Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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