Le modèle industriel allemand, longtemps présenté comme la locomotive économique de l’Europe, traverse une crise structurelle sans précédent. Ses deux piliers historiques, l’automobile et la machine-outil, vacillent simultanément sous les coups de boutoir de la concurrence chinoise et de la rupture énergétique avec la Russie. Derrière le label rassurant du « made in Germany » se cachait depuis des années une réalité bien moins glorieuse.

Pourquoi les deux piliers de l’industrie allemande s’effondrent-ils en même temps ?

  • L’automobile allemande affronte une concurrence chinoise frontale sur les véhicules électriques, segment où les constructeurs asiatiques ont pris une avance technologique et industrielle considérable
  • La machine-outil, cœur du savoir-faire exportateur, était déjà massivement sous-traitée en Asie avant la crise, rendant le label allemand largement fictif
  • La rupture énergétique avec Moscou prive l’industrie allemande de gaz russe bon marché qui constituait un avantage compétitif décisif depuis la fin de la guerre froide
  • Ce qu’on vendait comme allemand relevait d’un montage : production délocalisée en Pologne, en Turquie ou en Asie, assemblage final en Allemagne et apposition du label pour justifier une marge de 30 %

Le mirage du « made in Germany »

L’invité décrit sans détour ce qu’il appelle une « économie de bazar » :

« C’est ce qu’on appelle l’économie de bazar, c’est-à-dire faire croire que des produits sont allemands alors qu’ils ne le sont pas. Ils appartiennent à l’Interland, donc à la Pologne, la Turquie etc. ou à l’Asie. Vous revenez, vous mettez les écussons allemands, ils prennent 30 % et en plus vous le vendez grâce à une monnaie qui permet de déprécier l’éventuel Deutsche Mark. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

L’euro joue ici un rôle clé : monnaie sous-évaluée pour l’économie allemande, elle dope artificiellement ses exportations tout en pénalisant les industries françaises qui, elles, auraient besoin d’une devise plus souple. La France produit de l’aéronautique, des biens mondiaux non substituables. L’Allemagne, elle, vendait des horloges à coucou et des voitures.

Le précédent russe et la prochaine illusion

L’invité alerte sur un scénario qui se répète. Les Allemands, absents du dernier forum économique de Saint-Pétersbourg contrairement à d’autres délégations européennes, parient sur un retour à la normale avec Moscou une fois le conflit ukrainien apaisé. L’idée serait de retrouver une énergie bon marché pour inonder à nouveau le monde de matériel, y compris militaire cette fois.

« Les Russes vont refaire la même bêtise qu’ils font à chaque fois. C’est-à-dire qu’ils vont croire à l’amitié et la mirificité va leur coûter… 300 000 soldats russes sont morts grâce à la mirificité. »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

L’invité n’y croit pas. D’abord parce que l’industrie d’armement allemande n’a pas opéré la montée en gamme nécessaire. Ensuite parce que des concurrents pakistanais ou chinois proposeront des blindés de qualité équivalente à des prix imbattables. Berlin, en misant sur ce retour de flamme, s’expose à « un claquage industriel quasiment unique dans l’histoire ».

Ce qu’il faut retenir

Le « made in Germany » était depuis longtemps un habillage marketing pour des chaînes de valeur éclatées en Europe de l’Est et en Asie. La conjonction de la concurrence chinoise, de la fin de l’énergie russe bon marché et du maintien artificiel d’un euro sous-évalué pour l’économie allemande signe l’arrêt de mort de ce modèle. La question n’est plus de savoir si la désindustrialisation allemande aura lieu, mais à quel rythme elle va s’accélérer.


Voir aussi

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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