Ce que dit cette vidéo
Éric Branca, historien et auteur de plusieurs ouvrages sur de Gaulle et la période 1930-1970, répond aux questions d’Omerta. L’entretien couvre la remilitarisation de la Rhénanie, les accords de Munich, le rôle de Jean Monnet auprès des Américains, les motivations de l’armistice de 1940 et l’échec des ordonnances sur la participation. Branca s’appuie notamment sur les travaux du journaliste Pertinax pour documenter les mécanismes de la défaite française.
Les capitulations de 1936 et 1938 relues par les sources allemandes
Éric Branca rappelle que Hitler lui-même a qualifié la nuit du 7 mars 1936 de pire de sa vie : ses quatre bataillons envoyés en Rhénanie auraient reculé à la première réaction française. Concernant Munich, Branca souligne que la famille Schneider avait cédé les usines Skoda au conglomérat Hermann-Göring-Werke avant même la signature des accords. Le maréchal Keitel confirmera au procès de Nuremberg que sans ce potentiel industriel tchèque, la Wehrmacht n’aurait pas disposé des blindés nécessaires à ses offensives.
Monnet nommé au Plan : un choix contraint selon Branca
L’historien explique pourquoi de Gaulle a confié le Commissariat au Plan à Jean Monnet en 1945, alors qu’il le savait proche des intérêts américains. La France avait besoin d’armes pour achever la guerre, et Monnet s’était rendu indispensable comme intermédiaire auprès de Washington. Branca écarte toute lecture naïve : de Gaulle utilisait Monnet comme levier diplomatique, sans illusion sur ses orientations. Cette nomination relève d’un pragmatisme de circonstance, non d’une adhésion au projet européen que Monnet portera ensuite.
L’armistice de 1940 et l’échec de la participation
Branca cite le témoignage de Pertinax sur les derniers débats du gouvernement Reynaud : Weygand et Pétain auraient justifié l’armistice par la nécessité de conserver une armée capable de réprimer une insurrection communiste, plutôt que de résister aux Allemands. Sur la participation gaullienne de 1967, l’historien décrit une réforme prise en tenaille entre syndicats hostiles et patronat réfractaire. De Gaulle y voyait le dépassement de la bourgeoisie au profit d’une nouvelle classe sociale ; c’est sur ce référendum qu’il quittera le pouvoir en 1969.
L’avis du Souv
L’entretien rassemble des épisodes rarement mis en relation : les capitulations de l’entre-deux-guerres, les compromissions industrielles, les calculs de 1940 et les blocages sociaux des années 1960. Éric Branca articule ces séquences autour d’une lecture souverainiste cohérente, où chaque renoncement français s’explique par des intérêts particuliers plutôt que par la fatalité.
Une documentation solide, quelques raccourcis assumés
Branca s’appuie sur des sources de première main : les Propos de table de Hitler, les minutes de Nuremberg, les écrits de Pertinax. La démonstration sur Skoda et la Rhénanie repose sur des faits vérifiables. En revanche, la lecture des motivations de Weygand et Pétain en juin 1940 mériterait davantage de nuances : la peur du communisme était réelle, mais elle n’épuise pas les raisons de l’armistice. L’entretien gagne à être complété par les travaux d’autres historiens sur cette période.
Une réhabilitation utile de Pertinax
L’un des apports de cet entretien est de rappeler l’existence du journaliste Pertinax, dont l’œuvre Les Fossoyeurs a longtemps été introuvable. Branca en fait un modèle de journalisme d’analyse, capable d’anticiper les événements contre le conformisme ambiant. Cette figure oubliée intéressera ceux qui cherchent des précédents historiques à un journalisme indépendant des consensus dominants.
