La sortie récente d’un film consacré au général de Gaulle a provoqué une levée de boucliers aussi inattendue que révélatrice. Des figures de la gauche mondialiste aux héritiers autoproclamés de la droite nationale, les critiques ont fusé de toutes parts. Un spectacle étrange pour un long-métrage qui, contre toute attente, fait revivre l’un des rares moments où la France a dit non à la fatalité. Pourquoi ce film dérange-t-il autant ceux qui, en apparence, devraient en être les premiers défenseurs ?
Pourquoi le film sur de Gaulle suscite-t-il le rejet d’une partie de la droite et de la gauche françaises ?
Le rejet du film repose sur trois fractures historiques irréconciliables : la gauche mondialiste ne pardonne pas à de Gaulle d’avoir été plus efficace qu’elle sur les droits des femmes et des travailleurs tout en incarnant la nation ; une partie de la droite française descend directement des collaborateurs économiques et idéologiques de 1940, ce qui la place en opposition frontale avec la mémoire résistante ; enfin, l’extrême droite post-collaboration, de Bardèche à la Nouvelle Droite, ne peut revendiquer un héritage gaullien bâti par des nationalistes issus de l’Action française qu’elle a elle-même reniés.
Un crève-cœur pour la gauche mondialiste
La gauche libérale contemporaine se trouve face à un paradoxe insoluble. De Gaulle, explique l’invité, « est à la fois l’un des bienfaiteurs du mouvement ouvrier, l’un des bienfaiteurs de la condition de la femme au XXe siècle ». Le droit de vote des femmes, la loi Neuwirth sur la contraception : ces conquêtes fondamentales du second XXe siècle sont largement l’œuvre du Général. Or la gauche d’alors, y compris dans sa frange communiste, traînait les pieds. « Le parti communiste n’est pas totalement pour le droit de vote des femmes parce que pour eux, la femme est un animal non pensant qui vote avec les curés », rappelle l’invité. La pensée gaullienne, elle, considérait que les Françaises avaient largement participé à la Résistance et méritaient d’être récompensées.
Sur le terrain économique, le constat est tout aussi embarrassant : de Gaulle « est allé plus loin dans l’opposition au capitalisme que toute la gauche non communiste ». Alors comment aimer un homme qui vous renvoie à vos propres renoncements ? La réponse est simple : on le hait. Et on critique le film pour mieux éviter la confrontation avec l’histoire.
La droite post-collaboration face à son miroir
Le malaise le plus profond touche une large fraction de la droite française. Pour l’invité, le constat est sans appel : « Cette histoire ne vous regarde pas. De Gaulle, vous l’avez haï à la fin. Votre classe sociale l’a haï du début à la fin. »
L’argument historique est massif. Autour du Général, il y avait des nationalistes, souvent issus de l’Action française. Le jeune homme qui abattit l’amiral Darlan, fer de lance de la collaboration, était lui-même un héros de ce mouvement. Mais qu’est devenue cette droite après-guerre ? Elle s’est scindée en deux branches : d’un côté la collaboration économique, incarnée par la droite giscardienne (le père de Valéry Giscard d’Estaing fut un des chefs de cette mouvance) ; de l’autre la post-collaboration idéologique, « des bagages oubliés de la Wehrmacht à différents degrés », qui resurgit dans les années 1950 après une épuration inexistante.
Vichy, c’est un extrême centre. Ce n’est pas l’extrême droite, ce n’est pas le nationalisme. En réalité, c’est un tiers-mondisme de droite. À l’ombre de l’ennemi, les bourgeoisies françaises se recoagulent pour éviter les réformes et les changements.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
1870, 1940, 1974, 2007 : à chaque fois, le même phénomène de recomposition bourgeoise sous la menace, produisant ce que l’invité nomme « l’extrême centre ». Comment cette droite-là pourrait-elle applaudir un film qui montre la Résistance nationale comme le véritable honneur français ?
Le vide abyssal des nationalistes français
La question la plus lancinante posée par ce film, c’est celle de la relève. L’invité se souvient avoir croisé Pierre Messmer, figure de la France libre, encore actif au début de sa propre carrière. « Tous ces mecs-là ont existé », insiste-t-il. Mais aujourd’hui, où sont les nationalistes capables de reprendre le flambeau ?
Le paradoxe est cruel : les régionalismes d’extrême droite, folkloriques et souvent inoffensifs, nourrissent sans le vouloir un sécessionnisme bien réel. « Ces cons de régionalistes d’extrême droite sont en train de nourrir un sécessionnisme, lui réel, alors qu’eux, c’est des folkloristes. » Les décoloniaux, de leur côté, reprennent les thèmes anti-jacobins pour mieux fracturer le pays. Pendant ce temps, une xénocratie à deux têtes (Mélenchon par en bas, Philippe par en haut) orchestre ce que l’invité qualifie de « déferlement de francophobie », espérant maintenir la démoralisation des Français et empêcher à tout prix la renaissance d’un nationalisme crédible.
Ce qu’il faut retenir
Le rejet du film sur de Gaulle agit comme un révélateur : la France manque cruellement de nationalistes dignes de ce nom. La gauche ne peut aimer celui qui incarne une souveraineté populaire qu’elle a abandonnée ; une partie de la droite ne peut revendiquer un héritage bâti contre ses propres aïeux politiques. Quant à la mémoire résistante, elle reste orpheline, en attendant que des hommes libres décident de s’en emparer à nouveau pour refuser, comme le disait l’invité, que « toute cette classe de parasites nous crache dessus ».
Voir aussi
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
Pour aller plus loin
- Comme des lions : Histoire des combats français de 1940
- La Raison des nations, Pierre Manent (Gallimard)
- Il s’agit de ne pas se rendre, Régis Debray, Jean Ziegler
- Vidal et les siens, Edgar Morin
- Journal de Californie, Edgar Morin
- Rose au pays de l’horreur, Frédérica (Éditions de la Reine Rouge)
- La Peste blanche, Pierre Chaunu
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